Poème à la mémoire de Khalti Léa

Juin 6, 2026 | Actualités

Nous publions ci-dessous un poème de Sahbi Baba (PhD, ULB), qui évoque, à travers le souvenir de son enfance au Maroc, les liens de voisinage, de solidarité et d'amitié qui unissaient familles juives et musulmanes.

Je garde en bouche le parfum des jours anciens,
Le goût sucré des mets dont je me souviens,
Quand Khalti Lea, notre voisine aux mains d'or,
Faisait de sa cuisine un merveilleux trésor.
Sous son toit protecteur, ma petite sœur apprenait
L'art délicat du fil qui brode et qui courait.
Pessa'h passait, Hanouka illuminait la nuit,
Mais c'est la Mimouna qui par-dessus tout luit.
Fière et rayonnante dans sa Grande Robe de lumière,
La Kswa el-Kbira aux étoffes singulières,
Portant boléro de fête et caftan brodé,
Khalti Lea brillait de mille bijoux dorés.
Elle ouvrait grand sa porte, le cœur sur la main,
Pour offrir aux voisines le partage du pain.
Sur sa table fleurissaient les douceurs en fête,
Les fruits secs, les gâteaux, et la chaude moufleta,
Cette crêpe si exquise, qu'enfants, on s'arrachait de joie,
Symbole d'abondance qui sous les doigts flamboie.
Puis, quand venait le tour des fêtes musulmanes, toujours à l'heure,
Khalti Lea franchissait le seuil de notre demeure.
Dès l'aube, elle venait aider, Fatima, ma tendre mère,
Unissant leurs efforts dans une même lumière.
À demi éveillé, bercé par le matin,
J'entends encore leurs rires broder notre destin,
Mélodie éternelle de deux mondes qui s'assemblent,
Où l'amitié vivante et la paix se ressemblent...


Sahbi BABA, (PhD, ULB)